Prologis Connect : une résurrection de la base logistique des Batignolles ?

Au nord-est de Paris, le projet de la base logistique des Batignolles est en passe de renaître de ses cendres. En effet, le groupe américain Prologis a déposé un permis de construire en vue d’établir un site multimodal nommé « Connect » de 88 000 m² dédiés à la logistique urbaine. Ce dernier serait desservi à la fois par la route et par le rail, via le faisceau des voies de la gare Saint-Lazare. Décryptage des enjeux autour de cet ambitieux projet visant à décarboner le transport des marchandises à Paris.

Le permis de construire de la base logistique Prologis Connect est soumis à enquête publique jusqu’au 9 avril. Vous pouvez déposer votre contribution sur cette page.

La base logistique des Batignolles : un projet ancien, un environnement contraint

Situé à l’extrémité nord de la ZAC Clichy-Batignolles, le projet « Connect » témoigne des ambitions croissantes du géant américain Prologis, qui vise à accroître son parc de sites dédiés à la logistique de 50 % d’ici 2025. Sur le site des Batignolles, le groupe prévoit la construction d’un édifice de 88 000 m². Soit une base logistique « à étages » située en zone urbaine dense, desservi à la fois par la route et par le rail.

Vue panoramique des Batignolles. Au premier plan, le site du Syctom (traitement des déchets). La base logistique des Batignolles doit être construit juste derrière.

Pour autant, le projet d’une gare de marchandises nouvelle génération est loin d’être nouveau. En effet, les réflexions autour du secteur Clichy-Batignolles débutent dès 2002 – avec, en ligne de mire, les Jeux olympiques de 2012.

En 2005, la candidature de la Ville de Paris n’est pas retenue ; cependant, le projet d’aménagement urbain poursuit son cours. Sur les emprises vendues par SNCF et RFF, le parc Martin Luther-King voit le jour (ZAC Cardinet Chalabre puis ZAC Clichy-Batignolles).

Toutefois, la décision de Nicolas Sarkozy en 2009 d’implanter la Cité Judiciaire sur le site de la ZAC Clichy-Batignolles réduit drastiquement la superficie de la zone prévue initialement pour les marchandises (voir trait rouge sur la carte ci-dessous).  De ce fait, le site où doit prendre place la base logistique urbaine et ferroviaire des Batignolles est particulièrement contraint (forme bleue sur la carte).

Le terrain, d’une superficie de 1,98 ha, est enserré entre le Palais de Justice de Paris (épingle rouge sur la carte ci-dessus), le siège de la Direction Régionale de la Police Judiciaire (DRPJ, épingle bleue), la centrale à béton Eqiom (épingle orange), le centre de tri des déchets Syctom (épingle verte) et le faisceau des voies de la gare Saint-Lazare. Le site est inoccupé depuis 2006 et la parcelle en friche.

Le groupe immobilier Guilbert tente de développer un premier projet de base logistique (nommée Bluf) avec desserte par le rail et 3 étages dédié aux activités artisanales et industrielles. Un permis de construire est déposé en 2015. L’enquête publique est organisée 2 ans plus tard en 2017, mais le projet n’aboutit pas.

La parcelle est finalement revendue au géant de la logistique Prologis en octobre 2021 pour un montant de 100 millions d’euros. À noter que le groupe américain a également acheté des sites implantés à Vitry, Ivry-sur-Seine et Nanterre afin d’avoir un maillage autour de Paris

Prologis Connect : 88000 m² dédiés à la logistique urbaine

La logistique urbaine est soumise à deux injonctions contradictoires. D’une part, ravitailler la ville. D’autre part, se tenir loin des centres urbains. À l’heure actuelle, elle repose sur plus de 50 % de tournées supérieures à 60 km. Il en résulte ainsi une croissance exponentielle du trafic routier dans les aires métropolitaines.

La base logistique des Batignolles vise donc à permettre un acheminement plus propre des denrées, répondant ainsi à 3 objectifs : 

  1. Objectif environnemental : réduire les effets négatifs du transport routier de marchandises (bruit, pollution)
  2. Objectif social : offrir de nouveaux emplois (notamment basse qualification) à l’intérieur de Paris
  3. Objectif économique : améliorer l’attractivité économique de la Ville de Paris et des communes limitrophes avec un meilleur fonctionnement logistique du territoire.

Le projet Prologis Connect prévoit la construction d’un édifice de 88 000 m², avec 5 étages de messageries et des bureaux et un toit végétalisé. Les niveaux R+1 à R+3 seront accessibles par une large rampe circulaire à double-sens. L’accès aux véhicules routiers se ferait par la portion sud du boulevard de Douaumont. Étant implanté à proximité immédiate du périphérique, le site permettrait donc de « capter » le flux des poids lourds aux portes de Paris.

Point notable, le bâtiment doit intégrer un quai destiné aux trains de marchandises au rez-de-chaussée, d’une longueur utile de 150 mètres. La base logistique serait ainsi raccordée au faisceau des Batignolles, lui-même relié au Réseau Ferré National au niveau de la gare de Clichy-Levallois. Les aiguilles permettent d’orienter les convois vers les groupes V (Poissy) et VI (Conflans-Sainte-Honorine).

Un tel projet de logistique urbaine s’inscrit en parfaite cohérence avec le PLU bioclimatique le SDRIF‑E, la Ville de Paris et la Région ayant toutes deux rappelé la nécessité de conserver des sites multimodaux dans la ville. Le site Prologis Connect représenterait ainsi l’un des vecteurs de développement d’une politique de logistique urbaine dans Paris

Deux scénarios pour une logistique urbaine décarbonée

Le projet Connect vise à assurer une desserte « du dernier kilomètre » via un ensemble de véhicules électriques. Le but : favoriser le développement de nouveaux réseaux mieux dimensionnés aux rues de Paris et aux manières de consommer (e‑commerce). Faisant office de « plaque tournante », il permettra d’organiser le trafic vers des points de distribution avec les moyens les plus adaptés au contexte urbain dense.

À deux pas de la centrale à béton Eqiom, l’amorce d’un embranchement construit par la SNCF pour desservir la base logistique des Batignolles. © Jean-Nicolas Lehec

En outre, à moyen/long terme, deux scénarios de desserte ferroviaire sont envisagés par Prologis. 

Le premier scénario (S1) prévoit de desservir la plateforme par un train de marchandises quotidien depuis le site Prologis du Havre. Le groupe prévoit des convois de 34 wagons type Hbbillns à paroi coulissante. Compte tenu de la longueur du convoi (500 mètres) comparée à celle du quai, le convoi serait coupé en 4 sur le faisceau des Batignolles – nécessitant l’occupation de 2 voies du triage. Pour ne pas gêner les circulations voyageurs, l’arrivée du convoi se ferait à 6h du matin, le départ à 22h.

Un point qui rappelle évidemment la desserte de la centrale à béton Eqiom (d’ailleurs voisine de la future base logistique des Batignolles) : en provenance du nord de la France, le train est coupé en 2 en utilisant le raccordement des Batignolles.

Un second scénario (S2) est également envisagé par Prologis. Ce dernier prévoit une capacité d’emport moindre, compensé par une desserte du site plusieurs fois par jour. Et ce, grâce à un matériel ferroviaire léger, aux capacités d’accélération et de freinage semblables à celles d’un RER, compatible avec une insertion au sein du trafic très dense de la gare Saint-Lazare. Prologis imagine ainsi un fonctionnement en navette depuis l’usine de Flins, plus proche de Paris. Six rotations par jour sont prévues, afin de remplacer l’équivalent de 39 poids lourds.

Ce projet, inédit en France à ce jour, est particulièrement intéressant, puisqu’il se base sur des solutions ferroviaires plus légères et flexibles qu’un train de marchandises « classique ». Les concepteurs du projet font ainsi référence à deux projets menés en Allemagne dans la région de Karlsruhe de « tramways cargo » (soit 100 % fret soit mix fret + voyageurs). Prologis fait également référence au projet « Train Léger Innovant » (TLI), visant à concevoir un matériel léger interopérable fonctionnant sur batterie.

Au-delà de la viabilité économique de ce système de navettes, deux points de vigilance sont cependant à observer. D’une part, les convois en provenance de Flins (groupe V) cisailleraient les voies du groupe VI, avec un risque de perturbations du trafic voyageurs. D’autre part, le scénario S2, s’il voyait le jour, imposerait la suppression de 12 circulations voyageurs en journée sur le groupe V.

Une nécessaire interconnexion des bases logistiques parisiennes

Le projet porté par le groupe Prologis paraît très intéressant à première vue. D’une part, il intègre une vraie réflexion autour de la dimension multimodale de la future base Connect. À condition, bien sûr, que la desserte ferroviaire ne devienne pas une composante « optionnelle ».

L’amorce du raccordement entre la future base logistique des Batignolles et le faisceau des Batignolles. © Jean-Nicolas Lehec

D’autre part, la stratégie d’exploitation (scénarios S1 et S2) de cette base logistique s’avère particulièrement pertinente. Le scénario S1 a notamment l’avantage d’envisager la desserte le site depuis Le Havre, créant une nouvelle radiale fret reliant la capitale à la façade Atlantique. Toutefois, le scénario S2 est certainement le plus innovant, étant pensé autour de solutions marchandises plus légères, plus flexibles. À condition qu’il ne vienne pas mettre le fret et le transport de voyageurs en concurrence pour l’occupation de sillons.

Au-delà, il nous paraît absolument nécessaire de créer un « effet réseau ». Cette future infrastructure est située à proximité immédiate du raccordement des Batignolles. Via la Petite Ceinture de Paris, Prologis Connect pourrait ainsi être reliée au site de Chapelle-International, au futur hôtel logistique de Bercy-Charenton, mais aussi (et surtout) à la gare des Gobelins.

Ce réseau d’infrastructures logistiques multimodales dans Paris viendrait ainsi répondre à la nécessité d’améliorer les conditions économiques, sociales et environnementales de la livraison marchandises à Paris.


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