Gare de Charonne (la Flèche d’Or)

Fiche d'identité

Charonne : la gare la plus connue de la Petite Ceinture

La gare de Charonne est sans doute la plus connue de la Petite Ceinture, puisqu’elle a accueilli la Flèche d’Or de 1994 à 2016.

Elle voit le jour au cœur du 20e arrondissement. À l’image de sa voisine, la gare de Ménilmontant, elle est construite sur un territoire densément peuplé : la commune de Charonne. Elle sera annexée à Paris en 1860.

À l’origine, la gare de Charonne est une gare de marchandises, située non loin du Cours de Vincennes et coincée le long des fortifications de Paris.

La gare voyageurs, quant à elle, se situe rue de Bagnolet, sur un axe très fréquenté. Le tunnel de Ménilmontant (ou de Charonne) débouche sur la gare. Long de 1301, il n’est autre que le plus long tunnel de la Petite Ceinture. Ce dernier passe au Nord-Est du cimetière du Père Lachaise, situé non loin de la gare.

La gare Charonne se situe sur un territoire très densément peuplé, et qui demeure mal desservi par les transports en commun. Oubliée par le métro de Paris, la gare est fréquentée par différentes lignes de bus ; cependant, la station de métro la plus proche est située à plus de 800 mètres. Aussi, un transport ferroviaire viendrait (enfin) désenclaver ce quartier et offrirait une bien meilleure desserte du 20e arrondissement.

Charonne : une gare de voyageurs et de marchandises

La gare marchandises de Charonne ouvre ses portes le 15 septembre 1855. Il s’agit de la toute première gare de marchandises de la Petite Ceinture de Paris. Elle est rapidement suivie par la gare de marchandises de Belleville-Villette, ouverte le 15 juillet 1856.

La gare est très vite proche de l’asphyxie. En 1860, on comptait un total de 18334 expéditions et arrivages à la gare de Charonne. En 1868, ce nombre passe à 100396. Fin janvier 1866, une annexe charbons est créée, destinée principalement pour desservir l’usine à gaz de Saint-Mandé. La gare de Charonne fait l’objet de travaux d’agrandissement une première fois en 1870. Elle voit son profil modifié lors de la suppression des passages à niveau de la Petite Ceinture Rive Droite, en 1888.

La première gare Charonne-Voyageurs est inaugurée en 1862. Elle se situe juste à côté de la gare de marchandises. Mais face à l’augmentation du trafic voyageurs, le Syndicat de Ceinture décide de déplacer la gare d’une centaine de mètres, lui faisant prendre son emplacement actuel. Les installations provisoires en bois sont seulement supprimées en 1878.

Afin d’améliorer la desserte de la Petite Ceinture pour l’Exposition universelle, la gare de Charonne-Voyageurs se dote (enfin) d’un véritable bâtiment en dur. Elle adopte l’architecture typique des gares de la PC Rive Droite : un bâtiment à-cheval au-dessus des voies, flanqué de 2 escaliers menant aux quais. Le style architectural est très proche de celui de la gare de l’Avenue de Saint-Ouen, du Boulevard Ornano ou de la Chapelle-Saint-Denis.

La gare de Charonne-Voyageurs présente toutefois une particularité. Elle possède 2 voies à quai, mais aussi une voie centrale, qui permet aux trains de jonction de doubler (dans le sens Sud-Nord) les trains de voyageurs arrêtés en station. Cette 3e voie est inaugurée en marge de l’Exposition universelle de 1900. Elle est arpentée par les grands express européens, comme le Train Bleu ou la Flèche d’Or, qui se dirigent vers la gare du Nord, depuis la gare de Lyon. Dans le sens Nord-Sud, une voie d’évitement est construite de la même façon à la hauteur de la gare d’Avron.

De son côté, la gare de Charonne-Marchandises est agrandie en 1908. À cette époque, elle est dotée d’une dizaine de voies, sans compter les voies perpendiculaires raccordées par des plaques tournantes. Pendant des décennies, la gare de Charonne est le terminus de trains de bois. Ces derniers fournissaient les ébénistes du quartier Saint-Antoine.

Notons aussi les ateliers du métro de Charonne, qui s’installent en face de la gare de Charonne-Marchandises, de l’autre côté de la Petite Ceinture. Ainsi, de nombreux trains du métro parisiens sont arrivés à l’atelier via la Petite Ceinture, au moyen d’une rampe (aujourd’hui démolie).

Que sont devenus les gares de Charonne-Voyageurs et Charonne-Marchandises ?

Malgré leur nom et leur (relative) proximité géographique, les gares de Charonne-Voyageurs et de Charonne-Marchandises ont connu un destin assez différent, comme nous allons le voir ensemble.

Création de la ZAC de Charonne en 1979

Dans les années 1970, des études domaniales amènent la SNCF à constater qu’elle a la possibilité de vendre certaines de ses emprises ferroviaires parisiennes, à la condition sine qua non de construire des installations équivalentes en banlieue.

Aussi, la SNCF décide d’abandonner la gare de Charonne-Marchandises. La Ville de Paris, intéressée par le terrain, cède à la SNCF les emprises de l’ancienne usine à gaz du Landy (Saint-Denis) pour reconstituer ses installations ferroviaires. Une ZAC (zone à construire) est donc décidée le 18 juin 1979, et la Ville rachète à la SNCF environ 36 000 mètres carrés de terrains. La ZAC “gare de Charonne” est ainsi déclarée d’utilité publique le 2 juin 1980. La Ville y construit notamment des logements sociaux à partir de 1981.

De la gare de Charonne à la Flèche d'Or

Après la fin du service de voyageurs, la gare continue de servir pour le service de messageries de la SNCF. Elle voit aussi passer de nombreux trains de marchandises et des trains express européens.

Au milieu des années 1990, des étudiants des Beaux-Arts aménagent un café-concert dans le bâtiment voyageur : ils nomment l’endroit La Flèche d’Or. La gare devient l’un des lieux culturels les plus prisés de la capitale. Pete Doherty y organise notamment un concert en 1996. Plus récemment, ce sont Christine and The Queens ou encore Alex Beaupain qui s’y sont produits.

Ainsi, la Flèche d’Or préfigure les transformations que connaîtront plus tard certaines gares de la Petite Ceinture, transformés en lieux culturels et artistiques, à l’image de la Recyclerie, du Hasard Ludique ou de Poinçon.

La Flèche d’Or ferme ses portes définitivement en 2016. Elle est ensuite rachetée par le groupe Keys Asset Management en 2018. Enfin, en juillet 2020, le Conseil municipal du 20e arrondissement émet un vœu afin “que la Ville de paris fasse rapidement une offre d’achat de la Flèche d’Or au propriétaire Keys Asset Management”.

D’après la description du projet, la gare deviendrait ” un espace hybride entre café associatif, espace de travail collaboratif et lieu de création artisanale ou artistique et de programmation culturelle”. Notre association suivra donc de très près l’évolution de ce dossier, ainsi que les potentiels travaux qui se dérouleront au niveau du bâtiment voyageurs, des quais et des emprises ferroviaires de la gare.