Gare de Ménilmontant

Fiche d'identité

Ménilmontant : une gare en plein cœur du 20e arrondissement

La gare de Ménilmontant se situe au cœur du 20e arrondissement de Paris. Elle est construite dans un quartier déjà très dense, au milieu de la commune de Ménilmontant, récemment annexée à Paris en 1860. Elle se situe également à la lisière de la commune de Belleville, elle aussi très densément peuplée (déjà à cette époque).

La station se situe au pied de la rue de Ménilmontant. Elle croise également la rue de la Mare : une passerelle métallique permet le passage des piétons. Elle est actuellement en cours de reconstruction.

Ménilmontant Petite Ceinture
Panorama de la gare de Ménilmontant depuis la rue des Couronnes, à l'orée du XXe siècle. On distingue parfaitement le bâtiment des voyageurs (à droite, quai intérieur) et le petit abri (à gauche, quai extérieur)

La gare de Ménilmontant est encadrée 2 tunnels de grande longueur. Au Nord, le tunnel de Belleville relie Ménilmontant au parc des Buttes Chaumont et à la gare de Belleville-Villette. Il mesure un total de 1124 m.

Au Sud, le tunnel de Charonne (ou de Ménilmontant) mène à la gare de Charonne. Il mesure 1301 m, ce qui en fait le plus long tunnel de la Petite Ceinture.

La gare de Ménilmontant se situe dans un territoire très densément peuplé, assez mal desservi par les transports ferroviaires. En effet, la ligne 2 du métro passe beaucoup au Sud, sur le Boulevard de Ménilmontant. Ainsi, la Petite Ceinture ferroviaire pourrait jouer un rôle de premier plan dans l’amélioration de la desserte de ce quartier.

Ménilmontant, l’une des toutes premières gares de la Petite Ceinture

Inaugurée le 14 juillet 1862, la gare de Ménilmontant fait partie des toutes premières gares du service voyageurs de la Petite Ceinture. Sous ses airs de petite gare de campagne, elle connaît un succès immédiat, grâce aux nombreux ouvriers qui habitent à proximité. 

L’architecture de la gare de Ménilmontant n’est pas sans analogie avec celles de l’Avenue de Clichy et de Belleville-Villette – elles aussi ouvertes en 1862. Ainsi, le bâtiment voyageur est situé le long des voies. Il est composé d’un corps central, avec un étage réservé au logement du chef de gare. On distingue également 2 ailes latérales, ainsi qu’un abri pour les voyageurs sur chaque quai.

La gare de Ménilmontant et la passerelle de la rue de la Mare

La rue de la Mare étant coupée en 2 par les voies de la Petite Ceinture, une première passerelle piétonne est établie en 1854. En juin 1878, les accès à la gare sont modifiés et la passerelle déplacée de quelques mètres.

Toutefois, cette passerelle n’est pas celle que les habitants du 20e arrondissement ont toujours connue. En effet, dernière date de 1900 – et s’avère nettement plus esthétique que la passerelle piétonne d’origine.

Des défaillances structurelles sont identifiées sur la passerelle en 2017. Elle est finalement reconstruite à l’identique à partir de 2020 (voir chapitre suivant) . 

La gare de Ménimontant et les photographes parisiens

Assurément, le quartier et la gare de Ménilmontant ont attiré les grands noms de la photographie. En premier lieu, citons Willy Ronis (1911-2009). À la fin des années 1940, le photographe réalise une importante série de clichés, qui témoignent aujourd’hui de la vie des quartiers de Belleville et de Ménilmontant. Ses rues et ruelles, ses habitants ont ainsi été immortalisés dans un style immédiatement reconnaissable.

En 1954, il publie titulé Belleville-Ménilmontant, préfacé par Pierre Mac Orlan. Ce superbe ouvrage rassemble ses photographies de ce quartier de l’Est parisien, auquel il était particulièrement attaché. Il déclare, en 1999 :

“Il n’y a pas d’années où je ne passe pas au moins 6 ou 8 fois dans ce quartier de Belleville Ménilmontant, parce que j’y suis resté très attaché. Je n’y suis venu, pour la première fois, que vraiment très tard : fin 47, donc j’avais 37 ans, et c’est un ami peintre qui habitant rue de Ménilmontant qui m’a dit : ” Mais viens voir mon quartier, tu verras c’est formidable”.

Il y avait certainement des rapports beaucoup plus faciles entre les gens, beaucoup de petites rues étroites qui faisaient que les gens se connaissaient tous et descendaient aux beaux jours avec leurs chaises sur le trottoir, pour faire des veillées sur le trottoir et les gosses pouvaient jouer là, sans crainte aucune.

C’était vraiment… c’était une période extraordinaire”

De ses photographies, on notera tout particulièrement son cliché “La station de Ménilmontant sur la Petite Ceinture, vue depuis la rue Henri Chevreau”, capturé en 1948. La gare semble disparaître dans un grand panache de vapeur blanche. Il en ressort une impression quasi-onirique, qui évoque à merveille la fascination que peut exercer le chemin de fer.

Petite Ceinture Ménilmontant Willy Ronis
La station Ménilmontant sur la Petite Ceinture, vue depuis la rue Henri-Chevreau, Paris, 1948-1950. RMN-GP

Une autre photographie de Willy Ronis présente cette fois le quai de la gare de Ménilmontant. Le photographe s’est placé en haut de l’accès par la rue du même nom. Il livre ainsi un cliché tout en longueur, où l’œil du spectateur est guidé vers la jolie passerelle grâce à la perspective de l’allée piétonne. Un homme âgé, seul dans le champ, rappelle la présence humaine dans cette photographie à la composition minutieuse

Petite Ceinture Ménilmontant Willy Ronis
La Petite Ceinture, depuis la rue de Ménilmontant, Paris, 1948-1950. RMN-GP

Citons aussi les travaux photographiques de Henri Guérard (né en 1921). Se décrivant lui-même comme “artisan-photographe”, il a consacré toute sa carrière aux quartiers de Belleville et de Ménilmontant. Ainsi, il capture plusieurs séries centrées sur les personnes âges et les marchés. En 1999 paraît un ouvrage intitulé Le Regard d’un photographe sur Belleville, Ménilmontant, Charonne, paru aux Éditions de l’Amandier. Ce dernier retrace plus de 50 ans de vie de ce quartier, ainsi que ses changements sociaux et architecturaux.

Qu'est devenue la gare de Ménilmontant ?

Le service de voyageurs de la Petite Ceinture prend fin le dimanche 22 juillet 1934. Il est remplacé par le « bus PC », assuré par la STCRP (l’un des ancêtres de la RATP).

Cependant, la gare continue de servir pour le service des messageries (envoi et réception de colis). La gare a aussi servi pour le départ de trains exceptionnels de colonies de vacances.

Au-delà, la gare de Ménilmontant voit aussi passer de nombreux trains de jonction et de marchandises. Ces derniers pouvaient se diriger au Nord vers la gare de Belleville-Villette, ou au Sud vers la gare de Charonne.

Petite Ceinture Ménilmontant train inspection ouvrages
Un train d’inspection des ouvrages d’art sort du tunnel de Belleville et entre en gare de Ménilmontant. Cliché : Jean-Emmanuel Terrier, novembre 1997

Les 23 et 24 août 1944, deux trains de l’armée allemande sont attaqués par des résistants du FFI (Forces françaises de l’intérieur) du 19e arrondissement, avec l’aide de Madeleine Riffaud et d’habitants du 20e arrondissement. Une plaque commémorative est apposée à la mémoire des résistants décédés lors de ces combats.

Le 20 décembre 1985, une grève éclate à la RATP, en solidarité avec un conducteur de RER ayant été condamné pour la mort accidentelle d’un passager. Le réseau parisien est alors totalement paralysé. Pour relier la gare de Lyon et la gare du Nord, la SNCF fait circuler des trains spéciaux de jonction sur la Petite Ceinture. Ils sont assurés notamment par des rames RIB, tractées par des locomotives BB 67000. Sur la photo ci-dessous, un train dépasser la gare de Ménilmontant.

RIB Petite Ceinture Ménilmontant
Crédit photo : Sylvain Zalkind

La gare voit également passer de nombreux trains spéciaux. Ces derniers sont organisés par la FACS, l’IFC, le COPEF, mais également par notre association. 

La transformation des quartiers de Belleville et de Ménilmontant

Au cours des années 1970, le quartier de Belleville, qui figure dans la liste des “îlots insalubres parisiens”, fait l’objet d’une vaste opération d’urbanisme. Son but : éliminer les bâtiments et les quartiers les plus dégradés du quartier. Ainsi, le tissu urbain subit une profonde mutation.

Anciennement constitué d’immeubles de 3 à 5 étages, de rues, de cours, d’impasses et de jardinets, le quartier est transformé avec l’apparition d’immeubles en béton comptant entre 10 et 15 étages.

Ci-dessous, trois photographies de la gare de Ménilmontant capturées par Antoine Lancelot dans les années 1960, peu de temps avant la disparition du bâtiment voyageurs

L’ancien tracé des rues est totalement effacé, et de vastes allées viennent les remplacer. Les barres et les tours marquent l’apparence du quartier. Le bâtiment voyageur de la gare de Ménilmontant est démoli en 1972. À sa place, un immeuble d’habitations de grande hauteur voit le jour.

Ci-dessous, trois photos de la gare de Ménilmontant en juin 2015.
Crédit photo : Jean-Nicolas Lehec

Aménagement d'une promenade piétonne et reconstruction de la passerelle de la rue de la Mare

À l’été 2018, la Mairie de Paris ouvre une section piétonne à l’emplacement de la gare de Ménilmontant. La voie intérieure de la Petite Ceinture est recouverte d’un mélange de copeaux de bois. En revanche, la voie extérieure reste praticable et peut être utilisée dans le cadre d’une circulation ferroviaire.

Un accès est aménagé du côté de la rue de la Mare, tandis qu’un second reprend le passage d’origine de la gare de Ménilmontant. 

Ci-dessous : 6 photos des aménagements piétons de la gare de Ménilmontant.
Crédit photo : Jean-Nicolas Lehec

Des défaillances structurelles d’importance ayant été découvertes sur la passerelle de la rue de la Mare en 2017, cette dernière est démontée fin 2019. Elle est remplacée par une nouvelle passerelle métallique, qui ressemble en tout point à celle de 1900.

Le 4 septembre 2020, le tablier de cette nouvelle passerelle s’effondre sur la voie. Selon plusieurs sources, des boulons auraient cédé, provoquant la chute de la passerelle. Début janvier 2021, le tablier est à nouveau posé, cette fois avec succès. La passerelle est finalement ouverte au public le 2 mars 2021

Ci-dessous : 3 photos du tablier de la passerelle de la rue de la Mare, capturées les 4 et 5 septembre 2020 et en janvier 2021.
Crédit photo : Ménil Info / Jean-Nicolas Lehec

La gare de Ménilmontant en chanson

La gare de Ménilmontant et la Petite Ceinture sont évoquées par Charles Trenet dans sa chanson “Ménilmontant”, écrite en 1938.

Ménilmontant mais oui madame
C’est là que j’ai laissé mon cœur
C’est là que je viens retrouver mon âme
Toute ma flamme
Tout mon bonheur…

Quand je revois ma petite gare
Où chaque train passait joyeux
J’entends encore dans le tintamarre
Des mots bizarres
Des mots d’adieux

La gare de Ménilmontant au cinéma et à la télévision

Dans le film « Chien Jaloux » sorti par Gaumont en 1909, la scène intitulé « Arrivée du petit-fils » montre l’arrivée d’un train circulaire de la Petite Ceinture en gare de Ménilmontant. On aperçoit la passerelle de la rue de la Mare en arrière-plan et sur la droite, l’extrémité du bâtiment des messageries. Le train est tracté par une locomotive de la Compagnie du Nord appartenant à la série 3.011 à 3.020.

Ces images ont été tournées au printemps ou à l’été 1908. Plusieurs éléments permettent de situer ce film dans le temps. D’une part, la Compagnie du Nord a supprimé ses trains circulaires au début de 1909. D’autre part, on notera la présence de deux boîtiers électrique, placés côte à côte au-dessus de chaque compartiment, sur les toits des voitures. Cette situation correspond aux travaux d’évolution du système d’éclairage électrique, réalisés en 1908.

Le film « Le Ballon Rouge », sorti en 1956, se déroule dans le quartier de Ménilmontant et dépeint la vie du quartier en 1950. On y suit un jeune garçon, qui se lie d’amitié avec un ballon rouge accroché à un réverbère. L’occasion de découvrir ce quartier de Paris avant les grands travaux des années 1960 à 1980.

Enfin, la série « Clio dans le Métro » de la télévision française présente l’histoire d’un quartier de Paris. Dans cet épisode, le quartier de Ménilmontant est ainsi mis en lumière. L’occasion de découvrir l’ancienne gare de Ménilmontant, qui servait alors de local pour le service des messageries de la SNCF, le SERNAM. À découvrir en intégralité sur le site de l’INA.