Les élections municipales 2026 auront lieu les 15 et 22 mars prochain. Notre équipe a pu recueillir la parole des représentants des différents candidats parisiens au sujet de l’avenir de la Petite Ceinture de Paris. Voici donc le panorama de leurs propositions relatives à la ligne, suivie de l’analyse de notre association.

Pierre-Yves Bournazel – Horizons
Pour Pierre-Yves Bournazel, la Petite Ceinture représente un levier d’adaptation vital face à la vulnérabilité climatique de Paris. Sa proposition phare repose sur la création d’une continuité écologique majeure reliant les bois de Boulogne et de Vincennes, transformant ce tracé en un véritable « poumon vert » (sic) capable d’offrir des refuges de fraîcheur lors des canicules. Cette ambition s’inscrit dans une volonté de sanctuariser l’espace en l’inscrivant comme Zone urbaine verte dans le Plan Local d’Urbanisme bioclimatique (PLUb).
Ce candidat défendait initialement une approche pragmatique basée sur la mixité des usages et la réversibilité. Plutôt que de condamner définitivement l’usage ferroviaire, il proposait de faire cohabiter la nature avec des activités modernes comme le sport ou le coworking. Le principe aurait été de privilégier la végétalisation immédiate tout en garantissant que toute décision puisse être ajustée si les besoins de transport évoluaient à l’avenir. Cette souplesse était d’ailleurs présentée comme un argument clé pour faciliter les négociations avec la SNCF.
Néanmoins, sa publication Instagram datée du 19 février 2026 évoque une vision « tout piéton » (y compris dans les longs tunnels qui ne le permettent absolument pas pour des raisons bien connues de sécurité) :

La sécurité occupe par ailleurs une place centrale dans sa vision. Pour garantir une occupation sereine de cet espace public, notamment pour les femmes, il propose d’intégrer des innovations technologiques. L’utilisation de l’intelligence artificielle permettrait, selon lui, d’optimiser la protection du site, par exemple via une gestion intelligente de l’éclairage. Inspiré par la High Line new-yorkaise, ce projet vise à offrir aux Parisiens un lieu où la nature « reprend ses droits » sur le bruit et l’automobile, tout en restant un espace d’innovation urbaine.
Sophia Chikirou – La France Insoumise
La position défendue par Sophia Chikirou repose sur une approche globale de la Petite Ceinture, perçue non pas comme un simple corridor végétal, mais comme un espace public intégré à la vie sociale des quartiers.
La candidate prône une gestion strictement municipale de la ligne pour contrer toute forme de « marchandisation » ou de « tourisme événementiel ». L’objectif est de garantir la gratuité et de soustraire les lieux culturels ou associatifs aux impératifs de rentabilité. Cette gestion publique permettrait notamment d’établir des partenariats de long terme entre les établissements scolaires et des résidences d’artistes installées sur le tracé.
Elle vise également à ce que devenir de chaque tronçon soit défini par les résidents eux-mêmes, via la mise en place d’outils de démocratie directe tels que le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) municipal.
Enfin, sur le plan technique, sa proposition suggère une utilisation hybride de l’infrastructure ferroviaire pour répondre aux défis de la capitale :
- Équipements de proximité : Allouer les espaces bâtis à des services publics essentiels pour la jeunesse et les familles, tels que des crèches, des ludothèques et des maisons des jeunes.
- Logistique urbaine : Utiliser les voies le matin pour le transport de marchandises et le fret de proximité, afin de rationaliser la livraison des 500 000 colis qui arrivent quotidiennement dans Paris.
- Espace de vie : Transformer ces mêmes voies en zones de promenade l’après-midi.
Rachida Dati – Les Républicains
Pour Rachida Dati, promettre la végétalisation totale des 32 kilomètres de la Petite Ceinture est une utopie qui ignore les réalités du terrain. Dans son approche, l’espace est réparti en 3 zones distinctes : un tiers est sanctuarisé pour le fret SNCF, un tiers est déjà ouvert aux Parisiens, et le dernier tiers constitue une « zone tampon » complexe. C’est sur cette dernière portion que l’effort doit se concentrer pour créer de véritables liens entre la nature, l’urbain et les communes limitrophes.
Elle propose donc une méthode de travail en trois niveaux :
- L’urgence sanitaire : La priorité absolue est le traitement de la pollution, notamment la gestion de la créosote qui imprègne les traverses de chemin de fer.
- La valorisation naturelle : Il s’agit d’accompagner la biodiversité là où elle a déjà repris ses droits sur les talus, plutôt que de chercher à tout domestiquer.
- L’audace architecturale : Les tunnels, actuellement fermés, doivent devenir des lieux d’innovation. Selon leur configuration, ils pourraient être transformés en équipements sportifs de proximité (basket 3x3, badminton, paddle).
L’objectif final est de réussir le « mariage » des espaces : la Petite Ceinture doit devenir une véritable trame verte, reliée aux parcs et jardins intra-muros mais aussi à ceux de la petite couronne. Cette ambition s’inscrit directement dans les orientations du SDRIF‑e, qui incite à raisonner à l’échelle du Grand Paris pour créer un « poumon vert » (sic) continu et cohérent.
Les plus anciens se souviendront peut-être que la Maire du 7e arrondissement avait fait adopter en janvier 2013 par son Conseil d’arrondissement un vœu pour « … que soient privilégiés les usages liés au transport de voyageurs et de marchandises, afin que la Petite Ceinture contribue au développement économique et social de Paris et du Grand Paris ; que le potentiel ferroviaire de la Petite Ceinture soit intégralement préservé sur la totalité de son infrastructure encore existante, et que sa vocation ferroviaire soit réaffirmée et traduite dans les documents d’urbanisme. »
Emmanuel Grégoire – Parti Socialiste, allié aux Écologistes et aux Communistes
Emmanuel Grégoire place la Petite Ceinture au cœur d’une stratégie de survie face au dérèglement climatique, visant à préparer Paris à des températures pouvant atteindre 50°C. Dans cette optique, la sanctuarisation de ce tracé est un pilier de la politique de désimperméabilisation des sols, avec l’objectif de créer 300 hectares d’espaces verts pour répondre à la densité urbaine.
Toutefois, la municipalité devra composer avec une réalité foncière et administrative complexe. La Petite Ceinture appartenant à la SNCF, le dialogue implique une multitude d’acteurs (État, Préfecture, entités ferroviaires) pour qui la réversibilité du réseau reste une condition sine qua non. Cette contrainte, ajoutée à l’état de dégradation de certains ouvrages comme les ponts ou les tunnels, impose un rythme de réalisation pragmatique. Si l’ambition politique est d’ouvrir dix kilomètres supplémentaires, la réalité technique rend une fourchette de cinq à sept kilomètres plus réaliste à court terme.
Enfin, cette approche privilégie systématiquement la nature et l’intérêt général sur l’urbanisation ou le profit. Cela s’est traduit par l’abandon de projets de construction au profit de zones boisées et par une volonté de transformer les gares, véritables joyaux patrimoniaux, en lieux dédiés à la mémoire collective et au service des Parisiens.
Sarah Knafo – Reconquête
Sarah Knafo n’est pas encore exprimée en détail sur le dossier de la Petite Ceinture de Paris. Cependant, son programme pour les municipales de 2026, intitulé « Une ville heureuse », consacre un volet important à la « politique du beau » et à la défense de l’identité historique de Paris. Elle prône notamment un retour à l’unité visuelle de la capitale en s’appuyant sur plusieurs mesures clés :
- Restauration du mobilier historique : Elle souhaite supprimer les installations modernes jugées inesthétiques pour réinstaller les bancs Davioud, les réverbères historiques et les grilles en fonte au pied des arbres, qu’elle considère comme l’âme de Paris
- Mise en valeur des monuments : Elle propose d’étendre les horaires de l’éclairage patrimonial pour que la « Ville Lumière » soit davantage mise en valeur la nuit.
- Défense des traditions : À une échelle plus large, elle défend les racines et les traditions françaises, s’opposant à toute forme de « déconstruction » culturelle.
Thierry Mariani – Rassemblement National – UDI
Le candidat s’est peu exprimé quant à l’avenir de la Petite Ceinture de Paris. Cependant, une publication sur Facebook datée du 16 février 2026 est venue clarifier sa position. Ainsi, l’aménagement de la Petite Ceinture s’inscrit dans une volonté globale de rendre à la capitale sa « sérénité » et sa « grandeur ». Sa proposition repose sur une approche où la Petite Ceinture est perçue comme un levier majeur pour transformer Paris en une ville plus « respirable » et « vivable au quotidien ».
L’accent est mis sur la dimension récréative et environnementale de l’infrastructure :
- Création de nouveaux espaces de promenade : Le projet prévoit un renforcement de l’aménagement de la Petite Ceinture, et spécifiquement de la Petite Ceinture Ouest, pour offrir aux Parisiens des lieux de déambulation supplémentaires.
- Végétalisation et lutte contre la chaleur : Cette transformation s’intègre dans un plan plus large visant à planter 50 000 arbres supplémentaires sur six ans. La Petite Ceinture devient ainsi un maillon essentiel pour apporter de la fraîcheur dans une ville dense.
- Concertation et dignité urbaine : À l’image de sa volonté de réviser les grands projets urbains avec les habitants, le candidat envisage la Petite Ceinture comme un « droit » au bien-vivre pour tous, loin d’une vision qu’il juge parfois déconnectée des besoins réels de proximité.
L’analyse de notre association
Les propositions des candidats aux municipales convergent vers la transformation de la Petite Ceinture en un corridor écologique sanctuarisé, pilier de l’adaptation de Paris face aux canicules extrêmes. Qu’il s’agisse de créer une trame verte métropolitaine, d’imposer une gestion 100 % municipale et non marchande ou de favoriser la démocratie directe, l’accent est mis sur une « reconquête » (sic) végétale et sociale.
Cependant, ce consensus occulte souvent une réalité juridique et technique majeure : la ligne demeure la propriété de la SNCF. Cette focalisation sur les usages récréatifs tend à oublier que l’emprise est toujours connectée aux réseaux de grandes lignes, constituant un atout stratégique pour le transport de voyageurs ou un fret ferroviaire de proximité. Si certains candidats évoquent une « réversibilité », le débat actuel privilégie largement une vision de court-terme au détriment de la vocation ferroviaire intrinsèque de cette infrastructure unique.
On peut déplorer que depuis plusieurs élections municipales et régionales, l’avenir de la Petite Ceinture Ferroviaire de Paris soit le jouet des ambitions électorales et souvent démagogiques de la plupart des candidats : leurs propositions sont souvent présentées sous un jour « écologique », mais font tout pour oublier les contraintes réelles et factuelles en matière de logistique urbaine et de transports éco-responsables.
Les Parisiens et les Franciliens doivent-ils se contenter de projets ludiques à court terme, qui satisfont des intérêts particuliers, ou bien peuvent-ils espérer qu’enfin leurs besoins à long terme, basés sur l’intérêt général, soient pris en compte ? Notre association persistera, comme depuis plus de trente ans, à fournir à tous des éléments factuels et à inviter les élus à ne pas sacrifier l’avenir.









