Naissance et développement de la Petite Ceinture
(1851 – 1900)

La Petite Ceinture ferroviaire de Paris est une voie de chemin de fer circulaire, faisant le tour de la capitale sur 32,5 km de long. Quand a-t-elle vu le jour ? Quels buts visait-elle à servir ? Quelles ont été les grandes étapes de la construction de cette voie de chemin de fer ? C’est l’objet de cette première partie de notre histoire de la Petite Ceinture.

Sommaire

1837 – 1851 : les origines de la Petite Ceinture ferroviaire de Paris

Décrire l’histoire de la Petite Ceinture de Paris, c’est se plonger dans celle des grands réseaux ferrés français. Ils sont constitués par des compagnies indépendantes les unes des autres. Inventé par nos voisins anglais, le chemin de fer arrive à Paris en 1837, année de l’inauguration de la ligne de Paris à Saint-Germain.

La décennie 1840 voit la construction des ancêtres des grandes gares parisiennes :

  • Embarcadère de l’Europe (future gare Saint-Lazare) : 1840
  • Gare d’Austerlitz : 1840
  • Embarcadère de la barrière du Maine (future gare Montparnasse) : 1840
  • Embarcadère du Nord, ancêtre de la gare du même nom : 1846
  • Gare de Denfert-Rochereau, terminus de la ligne de Sceaux : 1846
  • Embarcadère de chemin de fer de Paris à Montereau, prémisses de la gare de Lyon : 1847
  • Embarcadère de l’Est, ancêtre de la gare du même nom : 1849
Victor Hubert - Paris-Saint Germain Railway 1837
Victor Hubert – Embarcadère de l'Europe (Paris) à l'époque du chemin de fer de Saint Germain en 1837 Bibliothèque nationale de France / Domaine publique
Charles Marville Rue Tirechape,
La rue Tirechape (1er arrondissement) : exemple typique d'une rue de Paris avant les travaux du Baron Haussmann.

Toutes ces gares terminus sont implantées en cul-de-sac et Paris ne se dotera jamais d’une gare centrale – contrairement à bon nombre de capitales européennes. En conséquence, le passage des marchandises et des passagers d’un réseau à un autre nécessite de traverser la capitale. Ce changement est à la fois long et malaisé, les travaux du Baron Haussmann n’ayant pas encore débuté.

C’est dans ce contexte que les différentes compagnies commencent à émettre l’idée d’une ligne de ceinture, faisant le tour de Paris et reliant les gares parisiennes entre elles. Elles suivent de près deux propositions émises en 1842 et 1845 par l’ingénieur des Ponts et Chaussée Adolphe Alphand – également considéré comme le père des parcs publics parisiens.

Plusieurs projets émergent entre 1848 et 1850 et la question de cette ligne de ceinture se fait de plus en plus pressante. Différentes conceptions s’affrontent. Celle d’une “rue aux mille embranchements”, où le chemin de fer passerait à travers la voirie et où serait implantées d’innombrables plaques tournantes destinées aux entrepôts des environs.

Mais aussi – et surtout – celle d’une véritable ligne de chemin de fer à deux voies. C’est cette dernière solution qui l’emporte, donnant à la Ceinture l’aspect général qui prévaut encore aujourd’hui.

1851 : La naissance impériale de la Petite Ceinture

La Petite Ceinture de Paris naît donc à partir de 1851 par la volonté de Napoléon III, dans le cadre de la modernisation de la capitale. L’objectif de cette ligne : faire le tour de la capitale en longeant les fortifications de Thiers – lesquelles s’élevaient à la place des Boulevards des Maréchaux – et reliant les différentes gares parisiennes entre elles.

Ainsi, la Petite Ceinture visait à répondre à un triple objectif :

  • Faciliter le transport de troupes à l’intérieur du mur d’enceinte de Paris ;
  • Relier les réseaux des différentes compagnies de chemin de fer desservant Paris pour le transport de marchandises et des passagers.
  • Permettre aux trains de passer d’un réseau à l’autre sans rupture de charge

1852 : Les Batignolles – La Chapelle, premier tronçon de la Petite Ceinture

La Petite Ceinture de Paris se compose de 4 tronçons d’une longueur totale de 38 kilomètres 510 mètres :

  • Au Nord de Paris, la section Batignolles – La Chapelle (inaugurée en 1852)
  • À l’Est, la Petite Ceinture Rive Droite (section La Chapelle – La Râpée-Bercy, ouverte en 1854)
  • À l’Ouest, la ligne d’Auteuil (Pont-Cardinet – Auteuil-Boulogne, inaugurée en 1854)
  • Au Sud, la Petite Ceinture Rive Gauche (section Auteuil-Boulogne – La Râpée-Bercy, ouverte à l’exploitation en 1867)
Carte des sections de la Petite Ceinture

La boucle est « bouclée » en 1869 grâce au Raccordement de Courcelles.

La Petite Ceinture est construite des territoires encore peu urbanisés, qui ne seront intégrés à Paris qu’à partir de 1860. Aussi, la Petite Ceinture anticipe l’expansion de la capitale et l’accroissement de sa population.

Le développement de la Petite Ceinture de Paris sous l'égide du Syndicat de Ceinture

La Petite Ceinture est exploitée par le Syndicat du Chemin de fer de Ceinture de Paris, dont le siège est implanté au 16 rue de Londres (Paris IXe). Il vise à organiser la circulation des trains sur la Petite Ceinture, et regroupe les cinq compagnies privées ayant une gare terminus située dans la capitale :

  • La compagnie des chemins de fer du Nord ;
  • La compagnie des chemins de fer de l’Est ;
  • La compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM, Gare de Lyon) ;
  • La compagnie des chemins de fer de Paris à Orléans (PO, Gare d’Austerlitz puis Gare d’Orsay) ;
  • La compagnie des chemins de fer de l’Ouest (à partir de 1855).

À la suite de la rationalisation des chemins de fer voulue par Napoléon III en 1855, la compagnie des chemins de fer de l’Ouest se retrouve à la tête des lignes des gares Montparnasse et Saint-Lazare. Elle dispose alors de deux têtes de ligne à Paris, situation alors inédite.

Dans un premier temps, la Petite Ceinture est entièrement dédiée au trafic des trains de marchandises – et au passage des trains express passant d’un réseau à un autre (du réseau Nord au réseau Méditerranée, par exemple).